Chaine - "Incipit remarquables"

post mortem

Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fond d'un puits. J'ai depuis longtemps rendu mon dernier souffle, mon coeur depuis longtemps s'est arrêté de battre, mais, en dehors du salaud qui m'a tué, personne ne sait ce qui m'est arrivé. Mais lui, cette méprisable ordure, pour bien s'assurer qu'il m'avait achevé, il a guetté ma respiration, surveillé mes dernières palpitations, puis il m'a donné un coup de pied dans les côtes, et ensuite porté jusqu'à un puits, pour me précipiter par-dessus la margelle. Ma tête, déjà brisée à coup de pierre, s'est fracassée en tombant dans le puits ; mon visage et mon front, mes joues se sont écrasées, effacées ; mes os se sont brisés, ma bouche s'est remplie de sang.

Auteur: Pamuk Orhan

Info: Mon nom est Rouge, Incipit

[ dépouille ] [ littérature ]

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entame

J'étais las de la vie oisive et turbulente de Paris, de la foule des petits-maîtres ; des mauvais livres imprimés avec approbation et privilège du roi ; des cabales des gens de lettres, des bassesses et du brigandage des misérables qui déshonoraient la littérature.

Auteur: Voltaire

Info: Mémoires, incipit

[ indépendance ]

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genèse

Au commencement il y eut une interruption sous la forme d’un beuglement tonitruant mais bon enfant :
"Ouvrez-moi votre fichue porcherie ou j’enfonce ces foutues portes !"
Il y eut un vacarme inquiétant et un tambourinement sur le portail bouclé de la porcherie – pardon, de l’Institut. Il y eut une nouvelle sommation horrifiante, suivie d’un grand éclat de rire que nous ne pouvons décrire que comme à faire cailler le sang et incroyablement courtois et amusé en même temps. On entendit un bruit… et une explosion…
Mais une interruption peut-elle survenir au commencement ? La question est profonde et mérite considération.

Auteur: Lafferty Raphaël Aloysius

Info: Dans "Autobiographie d'une machine Ktistèque", page 13

[ parodie ] [ origines ]

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désenracinement

Tu ouvres les yeux
Paupières lourdes
Ton corps glisse sur le drap
Contraction du grand adducteur
Spasmes multiples du triceps
Sécheresse de la muqueuse buccale /
Tu ouvres les yeux et tu les refermes /
Agression de l’environnement
L’odeur du lit ne t’appartient pas
Rien ne t’appartient ici
Même pas les allumettes, les bouteilles de whisky en plastique, les cotons-tiges,
les pantoufles jetables ou la cire à chaussure /
Tu es pulvérisé dans l’espace
Tu es hors du temps paumé entre des latitudes et des longitudes qui s’embrouillent dans ta tête
Delhi, Tokyo, Dakar, Sao Paulo, Kiev, Hong Kong, Santiago /

Auteur: Badea Alexandra

Info: Dans "Pulvérisés", page 11

[ réveil ] [ repères ] [ émerger ] [ perdu ]

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averse

Une goutte de pluie vient de s'écraser sur mon front et elle m'a fait l'effet d'une larme tombant du ciel. Est ce que les nuages et les cieux pleurent sur moi, vraiment? Est ce que je suis réellement seule dans ce monde gris et triste? Est-il possible que Dieu lui-même pleure pour moi?

Auteur: Vian Boris

Info: L'herbe Rouge

[ commencement ]

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incipit

Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m’ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

Auteur: Céline Louis-Ferdinand

Info: Mort à Crédit, 1936

[ entame ]

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entame

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger.

Auteur: Lautréamont Isidore Ducasse

Info: Les Chants de Maldoror, 1870

[ avertissement ] [ incipit ]

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graffiti

Abandonne tout espoir, toi qui pénètres ici peut-on lire, barbouillé en lettres de sang au flanc de la Chemical Bank, presque au coin de la Onzième Rue et de la Première Avenue, en caractères assez grands pour être lisibles du fond du taxi qui se faufile dans la circulation au sortir de Wall Street, et à l'instant où Timothy Price remarque l'inscription un bus s'arrête et l'affiche des Misérables collée à son flanc lui bouche la vue mais cela ne semble pas contrarier Price, qui a vingt-six ans et travaille chez Pierce & Pierce, car il promet cinq dollars au chauffeur s'il monte le son de la radio qui passe Be my baby sur WYNN, et le chauffeur, un Noir, un étranger, obtempère.

Auteur: Ellis Bret Easton

Info: American Psycho (1991)

[ incipit ] [ New-York ]

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parents

Mon père avait une façon bien à lui d'aller en montagne. Peu versé dans la méditation, tout en acharnement et en bravade. Il montant sans économiser ses forces, toujours dans une course contre quelqu’un ou quelque chose, et quand le sentier tirait en longueur, il coupait par la ligne la plus verticale. Avec lui il était interdit de s'arrêter, interdit de se plaindre de la faim, de la fatigue ou du froid, mais on pouvait chanter une belle chanson, surtout sous l'orage ou en plein brouillard. Et dévaler les névés en poussant des cris d'indien.
Ma mère, qui l'avait connu enfant, disait que même alors il n'attendait personne, trop occupé à rattraper tous ceux qu'il voyait plus haut : c'est qu'il en fallait de bonnes jambes pour se montrer désirable à ses yeux, et dans un éclat de rire elle laissait entendre qu'elle l'avait conquis ainsi.

Auteur: Cognetti Paolo

Info: Les huit montagnes, p 9, le livre de poche

[ incipit ]

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sens-de-la-vie

Thomas Trumbull prit son air féroce habituel et demanda :
- Monsieur Stellar, comment justifiez-vous votre existence ?
Mortimer Stellar haussa les sourcils de surprise et son regard fit le tour de la table à laquelle étaient assis les six Veufs Noirs qui l'avaient invité pour cette soirée.
- Vous voulez bien répéter ? dit-il.
Avant que Trumbull ne puisse le faire, Henry, le formidable serveur, s'était approché en silence pour déposer un brandy devant Stellar qui prit le verre en murmurant un "merci" d'un air distrait.
- C'est une question bien simple, dit Trumbull. Comment justifiez-vous votre existence ?

Auteur: Asimov Isaac

Info: Dans "Retour au club des veufs noirs"

[ question existentielle ] [ doute ] [ initiation ]

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début

Le jour des ides de mars, Mr. Raleigh W. Hayes, alors dans sa quarante-cinquième année, vit le monde, jusqu’alors neutre à défaut d’être coopératif, s’en prendre à lui avec la soudaineté d’un assassin au coin d’une rue.

Auteur: Malone Michael

Info: Le Parcours du combattant

[ commencement ] [ entame ]

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description

Je suis honteux de dire où j'ai connu Gog : c'est dans une maison de fous.
Je m'y rendais souvent pour tenir compagnie à un jeune poète dalmate qu'une passion désespérée pour son ombre (sa bien-aimée était une "reine de l'écran" et jamais elle ne lui avait souri que sur l'écran) condamnait à la paranoïa. Comme, d'ordinaire, il était tranquille, le directeur de cette pension pour fous payants - un nain par la stature mais un géant par l'embonpoint - nous permettait de rester ensemble au jardin. Il y avait çà et là, sous l'ombrage des cèdres et des marronniers, des tables rondes, en fer, et des sièges, comme dans les cafés. Des infirmiers blafards, vêtus de blanc, allaient et venaient dans les allées, sans avoir l'air d'observer.

Auteur: Papini Giovanni

Info: Dans "Gog", page 7

[ freaks ] [ étrange ] [ rencontre ]

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mystérieux

Je vous conterai une autre de mes aventures et, sans doute, la plus fatale.
En ce temps-là, c'était en 1943, je séjournais dans l'ex-Pologne et dans l'ex-Varsovie, tout au fond du fait accompli. En silence. Le groupe ravagé de mes vieux compagnons et amis des ex-cafés Le Zodiaque, Ziemianska, Ips, se donnait rendez-vous tous les mardis dans un petit appartement de la rue Krucza et là, tout en buvant sec, nous essayions de continuer d’être des artistes, des écrivains, des penseurs... en reprenant nos anciennes conversations, nos ex-débats sur l'art... Je les revois encore assis ou bien étendus sur les divans dans la fumée épaisse, celui-ci un rien squelettique, cet autre un peu abîmé, mais tous criant et braillant. L'un criait : Dieu, un autre : l'art, un troisième : le peuple, un quatrième : le prolétariat, et nous discutions à perdre haleine et cela durait, durait - Dieu, l'art, le peuple, le prolétariat - mais un jour arriva un homme de trente à quarante ans, noir, sec, au nez aquilin, et il se présenta à chacun selon toutes les formalités d'usage. Après quoi, il n'ouvrit presque plus la bouche.

Auteur: Gombrowicz Witold

Info: Dans "La pornographie", éd. Kultura, traduit par René Julliard, page 17

[ convictions ]

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bourrage de crâne

La perspective de pouvoir me désolidariser encore de quelques-unes des valeurs qui prétendent unir tant bien que mal cette humanité en déroute est l'un des plaisirs qui me tiennent en vie. Aucun monde n'a jamais été plus détestable que le monde présent. Les publicitaires ne l'ignorent pas : ce ne sont même plus des ordres ni des supplications qu'ils mettent en scène, mais des menaces. Ils ne prétendent plus que ce qu'ils veulent nous faire aimer est aimable, ils savent pertinemment que c'est l'exact contraire. Ils proclament donc que ce qui ne pourra plus jamais être aimé est inéluctable.

Auteur: Muray Philippe

Info: Dans "Exorcismes spirituels : Rejet de greffe", page IX

[ propagande ] [ refus ] [ nouvel ordre ]

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lutte

Nous sommes comme des mouches. De temps à autre, l'un de nous tombe dans une flaque, sans que le monde s'en aperçoive, et reste là à se débattre. Parfois il s'agit d'un licenciement, parfois de la fin d'un contrat, ou bien tout simplement de la dépression ; les causes, au fond, se ressemblent toutes, comme les chutes, du reste. Celui qui tombe ne comprend pas tout de suite qu'il est perdu. Il tente comme il peut de se dégager de l'étreinte de l'eau, il agite de plus en plus fébrilement ses petites pattes jusqu'au moment où ses ailes sont mouillées elles aussi, et alors il sombre. Un instant plus tard, il n'existe déjà plus. Vous ne pouvez pas savoir combien de personnes j'ai vu finir de cette manière-là. Si je n'étais pas devenu un ghost worker, j'aurais fini de la même manière, moi aussi.

Auteur: Zito Daniele

Info: Dans "Robledo", page 21

[ individualisme ] [ survie ] [ indépendance ]

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duplication

Les hommes se retournent dans leur miroir comme les enfants dans leur lit : pour trouver le sommeil. La constance apparente des choses est ce sommeil ; la permanence du visible alliée à la confiance que notre identité ne va pas nous faire faux bond pendant la nuit. Pour cela, nous composons énormément, avec ce monde comme avec nous. Nous recouvrons nos mutuels abîmes d'une fine bande de gaze. Nous attribuons nos inconsistances crasses aux hasards de la vie. Et nous nous aveuglons sur ce qui glisse en nous avec l'évidence du fildefériste ivre dans le cirque anticosmique du dieu mauvais. Le premier garant de cet aveuglement, c'est encore notre visage. En lui s'unifient, lorsque nous le regardons, les multiples puissances que nous savons s'éparpiller et s'affronter inlassablement dans notre âme jusqu'au plus complet déchirement. C'est pourquoi nous retournons, toujours, dans le miroir, vérifiant notre constance, appuyant notre permanence, implémentant notre confiance, et nous nous rassurons... Mais parfois, quelque chose d'étrange se passe. Un détail nous échappe, un amour nous trouble, un mort nous parle. Soudain, c'est le miroir qui se retourne dans l'homme ; et ce qu'il lui montre alors n'est pas bien glorieux.

Auteur: Thiellement Pacôme

Info: Dans "Trois essais sur Twin Peaks", page 7

[ reflet ] [ chute ] [ double ] [ monologue intérieur ] [ justifications ]

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humour

J'étais dans mon lit, dans une femme, dans l'erreur.

Auteur: Zufferey Jean-Gabriel

Info: Première phrase du livre de Zob

[ début ] [ commencement ] [ entame ]

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éloge

J'ai lu un livre un jour et toute ma vie en a été changée" ai-je commencé dans mon ouvrage : La Nouvelle Vie. Quelques livres vous frappent pile avec la toute première phrase, et généralement ce sont ceux qui laissent une marque dans votre mémoire et votre âme, ceux qui vous font lire, et revenir beaucoup d'années plus tard pour les lire à nouveau, et avoir le même plaisir à chaque fois. J'ai eu la chance d'avoir un père passionné de littérature, si passionné qu'il m'apprit à lire à l'âge de cinq ans. Le tout premier livre qu'il m'acheta était "Le petit poisson noir" de Samad Behrangi. Après cela j'ai commencé à lire ses autres livres, et très jeune je possédais déjà une petite collection de Behrangi. Récemment, je parlais avec un ami persan de la façon dont Behrangi et ses livres ont changé ma vie. Une fille, d'un autre pays, lointain, lisait aussi à peu près à la même époque, les livres de Behrangi et créait ses propres mondes imaginaires avec les personnages riches et profonds de ses histoires intenses.

Auteur: Pamuk Orhan

Info:

[ littérature ]

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lecture

Il ôta ses chaussures, posa ses pieds sur la tablette et cala confortablement son dos dans le fauteuil, ouvrit le livre qu’il avait toujours entre ses mains et attaqua la première phrase. Il avait le culte des premières phrases, elles étaient pour lui la porte qui permettait d’entrer dans l’univers que proposait l’auteur. Pour lui, une porte d’entrée devait être facile à ouvrir ; de même, la première phrase d’un livre devait être simple, claire et belle.....

Auteur: Dongala Emmanuel Boundzéki

Info: La sonate à Bridgetown, Sonata mulattica

[ entame ] [ déguster ] [ début ]

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entame

La mer a de nombreuses voix. Celle que cet homme cherche à entendre est la voix de sa mère. Il lève la tête, tend son visage à l'air glacial qui arrive du golfe, et goûte l'âcreté du sel sur ses lèvres. Le ventre de l'eau s'enfle et scintille, bleu-argent moiré, membrane étirée jusqu'à la claire transparence où naguère, durant neuf changements de lune, il a flotté, recroquevillé dans un rêve de préexistence, été bercé et réconforté. Il s'accroupit maintenant sur les galets en pente douce du rivage, ramène les pans de son manteau entre ses genoux. Menton baissé, épaules voûtées, attentif.

Auteur: Malouf David

Info: Une rançon, premier paragraphe

[ début ] [ commencement ]

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incipit

Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi.

Auteur: Rousseau Jean-Jacques

Info: Les Confessions (1782)

[ avertissement ]

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décor

Il se trouve dans certaines villes de province des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes.

Auteur: Balzac Honoré de

Info: Eugénie Grandet

[ généraliste ] [ entame ] [ incipit ]

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souvenir

Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace.

Auteur: Garcia Marquez Gabriel

Info: Cent ans de Solitudes, 1967

[ incipit ] [ réminiscence ]

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incipit

Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon.

Auteur: Tolstoï Léon

Info: Anna Karénine, 1877

[ entame ]

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reflets

Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. Encaissé dans mes phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve et je découvre, dans ma dérive, le dessous des surfaces et l'image renversées des Alpes.

Auteur: Gary Romain

Info: La Promesse de l'aube (1960)

[ monologue intérieur ] [ incipit ] [ navigation ]

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littérature enfantine

Dans le temps où les poules avaient des dents, dans le temps où les sangliers volaient allègrement dans les airs, dans le temps où les tigres fumaient des pipes et les éléphants buvaient du thé, dans ce temps-là, il y avait une veuve qui avait trois filles.

Auteur: MacLeod Fiona

Info: Jack et la sorcière de mer et autres contes d'Ecosse

[ début ]

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début

Ce que je veux c'est commencer à raconter ce qui s'est passé à partir de la première fois où j'ai raté la réunion, parce qu'en fin de compte ç'a aussi été le moment de mon entrée dans le monde de la musique, des disques et de la danse. Je vais tout raconter en détail: je t'assure, très cher lecteur, que je ne te fatiguerai pas, je sais que je te captive déjà.

Auteur: Caicedo Andrés

Info: Que viva la musica !, P22

[ incipit ]

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début

Cette histoire est étrange. Il est fort possible que personne n’y accorde du crédit ou même que l’on m’accuse de supercherie ; j’en accepte le risque.
Après avoir longtemps gardé secret ce "dossier" constitué de bric et de broc, je me suis décidé à le dévoiler. Ce n’est ni de la littérature, ni une enquête policière. Tout au plus une échappée dans un défaut de la cuirasse du réel. Que celui qui lira les lignes qui suivent se forge sa propre opinion.
Cependant, pour commencer, je dois donner quelques explications sur la manière dont j’ai découvert cette affaire. C’était il y a une vingtaine d’années, j’habitais alors un appartement situé dans le centre historique de Mons.

Auteur: Hecq Jean-Pol

Info: Georges et les dragons

[ mystère ] [ histoire ] [ commencement ] [ incipit ]

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début

Il était une fois au coeur de l'hiver, une reine cousant à sa fenêtre. Par le cadre d'ébène, elle contemplait les flocons de neige qui voletaient dans le ciel, telles des plumes. Soudain, elle se piqua le doigt, et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Le rouge était si beau sur la blancheur éclatante qu'elle songea :
"Ah! Si seulement j'avais un enfant à la peau blanche comme neige, aux lèvres aussi rouges que le sang et aux cheveux noirs comme l'ébène!"
Peu de temps après, elle mit au monde une petite fille qui avait la peau blanche comme neige, les lèvres aussi rouges que le sang et aux cheveux noirs d'ébène.
Ainsi fut-elle nommée Blanche-Neige.

Auteur: Grimm Jacob

Info: Blanche Neige et les Sept Nains

[ conte ] [ incipit ]

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introduction

Bienvenue. Et félicitations. Ravi de voir que vous y êtes arrivé. Je sais que ça n'a pas été facile - et même un peu plus compliqué que vous ne le soupçonnez.
Avant tout, il a fallu, pour que vous soyez là aujourd'hui, que des billions d'atomes errant au hasard aient la curieuse obligeance de s'assembler de façon complexe pour vous créer. Cet arrangement est si particulier qu'il n'a jamais été tenté auparavant et n'existera qu'une seule fois. Pendant les années à venir (encore nombreuses, souhaitons-le), ces minuscules particules vont accomplir sans rechigner les milliards de tâches délicates nécessaires pour vous conserver intact et vous permettre de jouir de cet état suprêmement agréable, mais pas toujours apprécié à sa juste valeur, qu'est l'existence.

Auteur: Bryson Bill

Info: Une histoire de tout, ou presque...

[ réception ] [ singularité ] [ début ] [ accueil ]

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début

Au commencement de toutes les choses, le monde était eau, et les hommes et les animaux vivaient sur le dos du grand yacaré. Le reptile rêvait de fruits et il y avait des fruits, il rêvait de poissons et il y avait des poissons, il rêvait de tortues et il y avait des tortues. Mais un jour apparut le premier jeashmaré (l'homme blanc) et il planta un dard incandescent dans le coeur du grand reptile. Celui-ci mortellement blessé fouetta nuit et jour les eaux avec sa queue. Il laissa mille fils, certains de la taille d'une larve et d'autres aussi grands qu'un chasseur, mais il ne dit pas lesquels d'entre eux le remplaceraient. C'est pourquoi les Anarés doivent s'occuper de tous, pour que le doux temps des rêves revienne sur le dos du grand yacaré.

Auteur: Sepulveda Luis

Info: Yacaré, Hot Line

[ genèse ] [ légende ]

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naître

La sage-femme, une Galloise bossue, extirpa le bébé d'entre les jambes de sa mère et cria :
- C'est un garçon !
Elle le tint par les chevilles, tête en bas, et lui tapota le derrière avec jovialité. Il poussa un vagissement coléreux.
Voilà.
J'ai commencé mon histoire.
On m'a souvent exhorté à écrire mes mémoires, mais je ne savais pas trop par quel bout m'y prendre. Au moins, maintenant, j'ai déjà le début.
Donc...
- C'est un garçon !

Auteur: Behm Marc

Info: Tout un roman!

[ écriture ] [ commencement ] [ accouchement ]

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incipit

Colin terminait sa toilette. Il s'était enveloppé, au sortir du bain, d'une ample serviette de tissu bouclé dont seuls ses jambes et son torse dépassaient. Il prit à l'étagère de verre, le vaporisateur et pulvérisa l'huile fluide et odorante sur ses cheveux clairs. Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricots.

Auteur: Vian Boris

Info: L'Écume des jours , 1946

[ entame ]

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incipit

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves.

Auteur: Zola Emile

Info: Germinal, 1885

[ nocturne ]

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expérience

Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été proconsul ; comme eux tous esclave ; j'ai connu comme eux tous l'omnipotence, l'opprobre, les prisons. Regardez : à ma main droite il manque l'index. Regardez ; cette déchirure de mon manteau laisse voir sur mon estomac un tatouage vermeil ; c'est le deuxième symbole, Beth. Les nuits de pleine lune, cette lettre me donne le pouvoir sur les hommes dont la marque est Ghimel, mais elle me subordonne à ceux d'Aleph, qui les nuits sans lune doivent obéissance à ceux de Ghimel. Au crépuscule de l'aube, dans une cave, j'ai égorgé des taureaux sacrés devant une pierre noire. Toute une année de lune durant, j'ai été déclaré invisible : je criais et on ne me répondait pas, je volais le pain et je n'étais pas décapité. J'ai connu ce qu'ignorent les Grecs : l'incertitude. Dans une chambre de bronze, devant le mouchoir silencieux du strangulateur, l'espérance me fut fidèle ; dans le fleuve des délices, la panique. Pythagore, si l'on croit le récit émerveillé d'Héraclide du Pont, se souvenait d'avoir été Pyrrhus, Euphorbe, et avant Euphorbe encore quelque autre mortel ; pour me remémorer d'analogues vicissitudes je puis me dispenser d'avoir recours à la mort, et même à l'imposture.
Je dois cette diversité presque atroce à une institution que d'autres républiques ignorent ou qui n'opère chez elles que de façon imparfaite et obscure : la loterie. Je n'en ai pas scruté l'histoire : il ne m'échappe pas que les magiciens restent là-dessus divisés ; toute la connaissance qui m'est donnée de ses puissants desseins, c'est celle que peut avoir de la lune l'homme non versé en astrologie. J'appartiens à un pays vertigineux où la loterie est une part essentielle du réel ; jusqu'au présent jour, j'avais pensé à elle aussi peu souvent qu'à la conduite des dieux indéchiffrables ou de mon propre cœur. Aujourd'hui, loin de mon pays et de ses chères coutumes, c'est avec quelque surprise que j'évoque la loterie et les conjectures blasphématoires que sur elle, à la chute du jour, vont murmurant les hommes voilés.
Mon père me rapportait qu'autrefois - parlait-il d'années ou de siècle ? - la loterie était à Babylone un jeu de caractère plébéien. Il racontait, mais je ne sais s'il disait vrai, que les barbiers débitaient alors contre quelques monnaies de cuivre des rectangles d'os ou de parchemin ornés de symboles. Un tirage au sort s'effectuait en plein jour, et les favorisés recevaient, sans autre corroboration du hasard, des pièces d'argent frappées. Le procédé était rudimentaire, comme vous le voyez.

Auteur: Borges Jorge Luis

Info: La loterie à Babylone, in Fictions

[ incipit ] [ entame ]

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incipit

Les murs de la cellule étaient nus, peints à la chaux. Une fenêtre étroite et grillée, percée très haut de façon qu'on ne pût pas y atteindre, éclairait cette petite pièce claire et sinistre; et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d'un oeil fixe, vague et hanté. Il était fort maigre avec des joues creuses et des cheveux presque blancs qu'on devinait blanchis en quelques mois. Ses vêtements semblaient trop larges pour ses membres secs, pour sa poitrine rétrécie, pour son ventre creux. On sentait cet homme ravagé, rongé par sa pensée, par une Pensée, comme un fruit par un ver. Sa Folie, son idée était là, dans cette tête, obstinée, harcelante, dévorante. Elle mangeait le corps peu à peu. Elle, l'Invisible, l'Impalpable, l'Insaisissable, l'Immatérielle Idée minait la chair, buvait le sang, éteignait la vie. Quel mystère que cet homme tué par un Songe ! Il faisait peine, peur et pitié, ce Possédé ! Quel rêve étrange, épouvantable et mortel habitait dans ce front, qu'il plissait de rides profondes, sans cesse remuantes ?
Le médecin me dit: "Il a de terribles accès de fureur, c'est un des déments les plus singuliers que j'ai vus. Il est atteint de folie érotique et macabre. C'est une sorte de nécrophile. Il a d'ailleurs écrit son journal qui nous montre le plus clairement du monde la maladie de son esprit. Sa folie y est pour ainsi dire palpable. Si cela vous intéresse vous pouvez parcourir ce document." Je suivis le docteur dans son cabinet, et il me remit le journal de ce misérable homme. "Lisez, dit-il, et vous me direz votre avis."
Voici ce que contenait ce cahier:

Auteur: Maupassant Guy de

Info: La chevelure

[ début ]

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éloge

Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre.

Auteur: Molière

Info: Dom Juan, 1665

[ drogue ] [ incipit ] [ entame ]

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métonymie

Le brouillard peut venir de l'extérieur et vous envahir. A la grande fenêtre de sa bibliothèque − assemblage géant de débris de béton qui, jadis, avaient formé une bretelle d'entrée de l'autoroute de la baie −, Joseph Adams contemplait songeusement le brouillard en question : celui du Pacifique. Et comme la nuit et les ténèbres tombaient sur le monde, ce brouillard lui faisait aussi peur que l'autre, celui de l'intérieur, qui n'avait nul besoin de l'envahir pour tourner et s'étirer en lui, en remplissant toutes les parties vides de son corps. D'habitude, ce brouillard-là porte le nom de solitude.

Auteur: Dick Philip K. R

Info: Dans "La vérité avant-dernière"

[ correspondance symbolique ] [ interprétation ] [ isolement ]

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terminer

Je me rappelle fort bien comment je cessai de peindre. Un soir, après être resté huit heures de suite dans mon atelier, peignant de temps à autre pendant cinq, dix minutes, puis me jetant sur mon divan et y restant étendu, les yeux fixés au plafond, pendant une ou deux heures, tout à coup, comme par une inspiration enfin authentique après tant d'efforts infructueux, j'écrasai ma dernière cigarette dans le cendrier rempli de mégots éteints, je fis un bond félin hors du fauteuil dans lequel je restais enfoncé, saisis un canif dont je me servais quelquefois pour racler ma palette et, à coups répétés, je lacérai la toile que j'étais en train de peindre et ne fus content que lorsque je l'eus réduite en lambeaux. Puis je tirai d'un coin une toile intacte de la même grandeur, je jetai celle que j'avais lacérée et posai la nouvelle sur le chevalet. Ceci fait, je m'aperçus pourtant aussitôt que toute mon énergie (comment dirais-je ?) créatrice s'était complètement épuisée dans ce geste de destruction furieux et au fond rationnel. J'avais travaillé à cette toile durant les deux derniers mois, sans trêve, avec acharnement ; la lacérer à coup de couteau équivalait finalement à l'avoir achevée, peut-être d'une manière négative, quant aux résultats extérieurs qui d'ailleurs m'intéressaient peu, mais positivement en ce qui regardait mon inspiration.

Auteur: Moravia Alberto

Info: L'ennui. Incipit

[ recommencer ] [ pulsion ] [ création ]

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personnage

La signora Cecilia était une femme assez semblable à un oiseau au corps minuscule et à l'énorme tête disproportionnée. Petite, mince, avec une grosse tête, pâle et nerveuse sous un maquillage plutôt poussé, ses yeux ronds agrandis par le bistre, elle paraissait perpétuellement parcourue par un courant électrique à haute tension qui communiquait à ses gestes et plus encore à ses paroles une agitation irrépressible, exacerbée, inconsidérée.

Auteur: Moravia Alberto

Info: L'automate, Incipit

[ femmes-par-homme ]

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révolte

Trois cardinaux, un rabbin, un amiral franc-maçon, un trio d'insignifiants politicards soumis au bon plaisir d'un trust anglo-saxon, ont fait savoir à la population par radio, puis par placards, qu'on risquait la mort par inanition. On crut d'abord à un faux bruit. Il s'agissait, disait-on, d'intoxication. Mais l'opinion suivit. Chacun s'arma d'un fort gourdin. "Nous voulons du pain", criait la population, conspuant patrons, nantis, pouvoirs publics. Ca complotait, ça conspirait partout. Un flic n'osait plus sortir la nuit. A Mâcon, on attaqua un local administratif. A Rocamadour, on pilla un stock : on y trouva du thon, du lait, du chocolat par kilos, du maïs par quintaux, mais tout avait l'air pourri. A Nancy, on guillotina sur un rond-point vingt-six magistrats d'un coup, puis on brûla un journal du soir qu'on accusait d'avoir pris parti pour l'administration. Partout, on prit d'assaut docks, hangars ou magasins.

Auteur: Perec Georges

Info: La Disparition, Incipit, AVANT-PROPOS, Où l'on saura plus tard qu'ici s'inaugurait la Damnation

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province

Dalkey est une petite ville sur la côte à environ douze milles au sud de Dublin. C'est une ville ahurissante, repliée sur elle-même, tranquille, faisant semblant de dormir. Les rues sont étroites, pas évidentes comme rues, avec des croisements qui paraissent accidentels. Les boutiques ont l'air fermées mais sont ouvertes.

Auteur: O'Brien Flann

Info: L'Archiviste de Dublin, incipit

[ Irlande ]

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postures

De passage à Londres cette année de 1893, prodigue pour moi en événements singuliers, j'attendais une personne de ma connaissance dans un club du West-End.
Mon journal ayant cessé de m'intéresser, je m'amusais à reconnaître la nationalité des occupants de la salle où je me trouvais, à leur façon d'être assis.

Auteur: Peské Antoinette

Info: La boîte en os. Incipit

[ révélatrices ]

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action-réaction

Ce n'est pas dans un monologue que l'entendement prend sur la matière la mesure de lui-même, monologue qu'il poursuivrait sans égard à elle... non : la matière répond. La main façonne l'outil, et l'outil façonne la main. Un tiers principe y intervient toujours. L'appel et son écho ; ils seraient impossibles sans la paroi rocheuse et l'air.

Auteur: Jünger Ernst

Info: Graffiti, Frontalières, incipit

[ essentiel ]

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racisme

Ma profession c'est terroriste et ma vie elle se termine comme ça. Par une coupure dans les journaux :

"UN TERRORISTE RECONNU COUPABLE DE LA MORT DE DOUZE PERSONNES DANS UN ATTENTAT À LA BOMBE À PARIS.

Un jeune intégriste, sans doute d'origine algérienne, fortement soupçonné d'appartenir au réseau Al-Qaïda et à l'entourage proche d'Ousama Ben Laden, a été jeudi reconnu coupable d'avoir participé à un attentat à la bombe dans le XVIe arrondissement de Paris. […] Il a été condamné à la prison à perpétuité."

On n'apprend pas assez aux enfants ce que c'est qu'un terroriste, je trouve. Du coup tout le monde croit que c'est qu'un enculé, en général un Rebeu qui fait que buter des gens. Peut-être que c'est vrai mais comme dit le dico je trouve que c'est un peu réducteur. Le dico il dit aussi qu'un terroriste c'est quelqu'un qui sème la terreur partout où il passe. Comme le Petit Poucet avec ses cailloux qu'il balance par terre, quoi. Je suis exactement comme ça moi. Un putain de Poucet.

Auteur: Amellal Karim

Info: Cités à comparaître, Chapitre I, incipit

[ banlieues ] [ musulman ]

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épouse

"Cinq heures... Il va bientôt rentrer..." se dit Elisa. Et voilà qu’à cette idée elle ne peut plus rien faire.
Elle a frotté, lavé, fourbi durant toute la journée, elle a préparé une soupe épaisse pour le dîner – ce n’est pas la coutume du pays de manger lourdement le soir, mais c’est nécessaire pour lui qui, à l’usine, ne déjeune que de tartines aux oeufs. Et maintenant, ne fût-ce que pour mettre le couvert, ses bras s’engourdissent et retombent inertes le long de son corps. Un vertige de tendresse la fige, immobile et haletante, accrochée des deux mains à la barre de nickel du fourneau.
C’est chaque jour la même chose. Gilles sera là dans quelques minutes : Elisa n’est plus qu’un corps sans force, anéanti de douceur, fondu de langueur. Elisa n’est plus qu’attente.

Auteur: Bourdouxhe Madeleine

Info: La femme de Gilles, Incipit.

[ prolétaire ]

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pensée-de-femme

Elle resserra ses bras autour de lui. Ecarta davantage les cuisses, afin qu'il entre mieux en elle.
- Ca te plait, hein!
Mina détestait que les mots s'accolent aux gestes de l'amour. Ils lui faisaient l'effet de ces hannetons de la campagne antillaise qui, au soir, s'invitaient dans la case. Eperdus, éblouis, volaient fous vers la lampe. Finissaient leur courte vie, brûlés aux ailes et grillés à coeur, dans les exhalaisons de boucan diabolique. Le matin, la grande soeur Rosalia les ramassaient sur le plancher, parmi les poussières, les ravets desséchés et les araignées rouges. Elle essayait de les compter, mais n'allait jamais au delà de trois.

Auteur: Pineau Gisèle

Info: Chair Piment, incipit

[ sexe ]

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naître

Au début on ne lit pas. Au lever de la vie, à l'aurore des yeux. On avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux avec de l'encre. Aux principes de la vie, aux sources premières, aux ruisselets de l'enfance, on ne lit pas, on n'a pas l'idée de lire, de claquer derrière soi la page d'un livre, la porte d'une phrase. Non c'est plus simple au début. Plus fou peut-être. On est séparé de rien, par rien. On est dans un continent sans vraies limites - et ce continent c'est vous, soi-même.

Auteur: Bobin Christian

Info: Une petite robe de fête, incipit

[ sens ] [ immersion ]

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déprime

Écrire sur la mélancolie n'aurait de sens, pour ceux que la mélancolie ravage, que si l'écrit venait de la mélancolie. J'essaie de vous parler d'un gouffre de tristesse, douleur incommunicable qui nous absorbe parfois, et souvent durablement, jusqu'à nous faire perdre le goût de toute parole, de tout acte, le goût même de la vie. Ce désespoir n'est pas un dégoût qui supposerait que je sois capable de désir et de création, négatifs certes, mais existants. Dans la dépression, si mon existence est prête à basculer, son non-sens n'est pas tragique : il m'apparaît évident, éclatant et inéluctable.

Auteur: Kristeva Julia

Info: Soleil Noir, incipit

[ neurasthénie ]

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voyage

Lorsque j'étais très jeune et possédé du besoin d'être toujours ailleurs, les gens mûrs m'assuraient que la maturité me guérirait de cette démangeaison. Quand les ans me déclarèrent mûr, on m'assura encore que l'âge ferait son oeuvre. Puis l'on m'affirma que ma fièvre se calmerait avec le temps. Et, à présent que j'ai cinquante-huit ans, sans doute est-ce de la sénilité que viendra le remède. Jusqu'ici, rien n'y a fait.

Auteur: Steinbeck John

Info: Voyage avec Charley, Incipit.

[ appétit ] [ bougeotte ] [ mouvement ] [ répétition ]

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nature

Son domaine, c'était les nuages. Les longues plumes de glace des cirrus, les tours bourgeonnantes des cumulonimbus, les nippes déchiquetées des stratus, les stratocumulus qui rident le ciel comme les vaguelettes de la marée le sable des plages, les altostratus qui font des voilettes au soleil, toutes les grandes formes à la dérive ourlées de lumière, les géants cotonneux d'où tombent pluie et neige et foudre.

Auteur: Rolin Olivier

Info: Le météorologue, Incipit

[ vapeur ] [ ciel ]

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souvenirs

Une fois que l'on sait une chose on ne peut plus jamais ne pas la savoir. On ne peut que l'oublier. En faussant le temps, elle indiquera l'avenir aussi longtemps qu'elle restera dans la mémoire. En toute circonstance il est plus sage d'oublier, de cultiver l'art de l'oubli. Se souvenir, c'est affronter l'ennemi. La vérité loge dans la mémoire.

Auteur: Brookner Anita

Info: Regardez-moi, Incipit

[ omission ] [ calcul ] [ pessimisme ] [ inconscient ]

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lecture

- La première phrase d'un roman est le cri irréfléchi qui provoque l'avalanche... C'est l'étincelle qui déclenche la réaction en chaîne... Une première phrase n'est jamais innocente. Elle contient le germe de toute l'histoire, de toute l'intrigue. La première phrase est comme l'embryon de tous les possibles, comme un spermatozoïde chanceux, si vous voulez bien me permettre cette comparaison...

Auteur: Visniec Matéi

Info: Le marchand de premières phrases, Incipit

[ début ] [ amorce ]

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gaule

Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France... Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie.

Auteur: Gaulle Charles de

Info: Mémoires de guerre : L'Appel, 1940-1942. Incipit

[ patriotisme ] [ grandeur ]

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