A la recherche de Zoul

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Depuis plus de deux siècles les humains étaient sortis du monde néolibéral normalisé issu de la seconde guerre mondiale du vingtième siècle. 

Il avait fallu la catastrophe initiée par les événements de Mingora[1] pour que le monde des hommes réagisse et sorte  du Grand Déclin,  période où les gens n'avaient plus grand chose à se dire, laminés par dix générations d'efficacité industrielle, pantins de stimuli techno consuméristes, au point que la majorité des humains avaient quasiment désappris à parler et qu'un individu usant de plus de 150 mots dans son expression courante était considéré comme un intellectuel de haut vol. Ou un emmerdeur.  

La relance planétaire d’une humanité « au bout du bout » fut possible par la grâce d’un projet politique qui débuta par une liste, puis des listes, comme chez les hommes des cavernes. Entreprise lancée par quelques écolos qui avaient décidé qu’il était temps de promouvoir la consommation de biens non tangibles. Ce qu’ils entreprirent via le développement du projet FLP, complexe site langagier, base de données intelligente constituée par la communauté, où se côtoyaient tant la quête spirituelle, les exercices d’ascétisme, que des réflexions, souvent antagoniste sur les diverses problématiques communautaires soumises aux humains. 

Rapidement on décida d’y inclure les sports, principalement vus comme une gymnastique esthétique, afin d’améliorer ce qui était nommé  “efficacité de l’équilibre”.

On avait fait exploser la notion de « plaisir – variété » en l’agrandissant d’un facteur cent par le développement d’une vaste cultures des dégradés entre les races-types-espèces. Ainsi les classifications pouvaient être abordées comme de longues et interminables séquences, fondus-enchainés qui, à l’instar du dessin chinois, pouvaient se déguster tel un trait continu  unique. Trait continu qui pouvait se diviser de maintes manières, et aller vers plusieurs ailleurs. L’ĥumain semblait avoir trouvé une piste vers une complexité collective totalement détachée de la notion de pouvoir-domination…  

Il avait fallu du temps : instauration de régulations, garde-fous, quasi toutes issues de la célèbre phase STAUP ou n’étaient plus considérées comme artistiques que les œuvres allant dans un sens “prise de pouvoir intérieure - humilité extérieure”… Démarche globale, consensuelle et solidaire d’humains qui n’avaient plus que cette porte de sortie si on voulait que la planète, et surtout leur espèce, ait un avenir. Actions appuyées par le développement d’une informatique “froide et détachée” instituée en maîtresse des réglementations sur cette base simple : “chaque individu ne peut consommer qu’une quantité X”, au prorata de ce que pouvait fournir la sphère terrestre. Avec mise en épargne équivalente pour les générations futures en cas de problème. Un Suisse maniaco dépressif des années 2000 n’aurait jamais été si loin.  

Ainsi avait-on vu émerger toutes sortes de réseaux composés d’"individualités mondes" correspondant à la volonté des "pilotes-concepteurs" et autres politiques responsables de cette nouvelle inflexion sociale, d’aller vers une complexification des rapports, complexification obtenue par une éducation usant de pédagogies très axées sur le savoir ouvert, en favorisant de longues plages temporelles pour les contacts humains ordinaires. 

Les protocoles de “simulation courtoise”, autrefois appelés politesse, avaient atteint des proportions qui, après 60 années de développement  touchaient au grand art. Des écoles entières consacraient désormais leurs cursus à des sujets comme : “Apprendre à se connaître pour mieux ménager les sensibilités…” “Création de nouveaux protocoles de comédie prévenante…” “Qu’est devenue la politesse hypocrites des temps anciens, est-elle toujours en usage ?”  “ Forum de concertation quant à la précision de certains termes ou formules…” etc.

 

(1)   Après les extraordinaires événements  de Mingora, déçu par le travail de la commission d’enquête internationale, certains lancèrent un mouvement pacifiste articulé sur la mise en cause du langage. Avec un grand nombre de supporters Internet ils avaient conclu que les causes de l'invraisemblable engrenage qui avait conduit au quasi anéantissement de l'espèce résultait indubitablement des tromperies de l’idiome dominant d'alors. 

Comme on ne pouvait désormais plus se passer de la communication verbale, il fut décidé de refondre un idiome source, qui ferait référence, dans lequel toute proposition devait conserver son aspect tellurique, son élan anti gravitationnel "issu du réel", qui anime toute vie exploratrice. L'expression par les mots et les verbes interdisait dorénavant certains termes comme "jamais" ou "toujours", prohibait négativisme et malveillance au sens où toute proposition, même de défense ultime, ne pouvait faire référence à une vérité dogmatique. En bref le langage de la planète devait se syntoniser à l'élan vital global des végétaux et des animaux. Encore une action initiée par FLP.

 

 

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Ses cheveux avaient commencé à le trahir avant la trentaine, ceci étant compensé d’une certaine manière par son aspect de petit paysan athlétique. Difficile de déceler que JP était produit d’une éducation à l’ancienne, usant du minimum des béquilles habituelles afin d’entrainer sa mémoire et privilégier sa présence au monde. Il s’exprimait aisément en cinq langues et pouvait jongler avec beaucoup d’autres.  Les maths n'étaient pas en reste. Blond dégarni un peu renfrogné d’aspect, PJ présentait sur BILB un profil MmE plus esprit que chair (62 pour cent contre 38) mais il le gardait pour lui. "Jamais personne ne saura ce qu'il se passe dans ma tête, même de manière aussi caricaturale" avait-il affirmé une fois à sa mère ébahie alors qu'il n'avait pas six ans. Alors pour ce qui était de son identité numérique il refusait tout et animait le plus possible les réseaux d'indépendance de la singularité.

Internet, réseaux nationaux et autres interconnections anciennes voire moyen-âgeuses avaient été remplacés par BILB, super cerveau planétaire, supervisé IAG (Intelligence Artificielle Générale) et totalement nettoyé des stimuli mercantiles et autres pollutions consuméristes initiées en son temps par les américains vainqueurs de la seconde guerre mondiale d’un vingtième-siècle vu désormais comme celui de la pré-prise de conscience puisque dès le début du vingt-et-unième, cette assumée religion de l'argent avait montré ses limites. Pour les activités consuméristes, désormais considérées comme vulgaires, on avait créé un petit TerraNet, dévolu aux divers achats et autres problématiques non nobles, non ludiques, médicales, administratives et fiscales...

C’est ainsi qu’en fin de vingt-troisième siècle, BILB constituait pas loin de 40 pour cent de l'occupation des gens en dehors du sommeil, simple moyenne bien sûr puisque certains préféraient les activités physiques alors que d'autres se retrouvaient contraint de faire au moins une heure de gymnastique par jour pour  conserver l'équilibre minimum afin de pouvoir continuer de s’auto infuser dans le cerveau planétaire. C'était la loi.

Les MmE, sites personnels autrefois nommés Blogs, présentaient dorénavant un bouillonnement virtuel de milliards d’individualités mêlées. Ce développement avait été initié une fois passées les craintes ridicules sur la “perversité de l’individu” qui avaient occupé toute la première moitié du 21e siècle. Les MmE interconnectés, via une complexe modération humaine/AI constituaient les neurones sources de ce grand égrégore planétaire.

Arrivé à la quarantaine JP se pensait extension. Comme tout être vivant il n’était que branche affinée d'une pousse étrange au sein de laquelle chaque individu complexifié était point de singularité,  hologramme fractal matérialisé dont la mémoire génétique représentait par elle même toute sa race. Chaque spore potentialisée comme le "germe" d'un ensemble plus grand de vie animale, petite soeur "émancipée" de la vie végétale, fille du minéral. Pour lui l'énergie était insérée dans chaque mini pousse, dans chaque électron, sous forme d'une âme "moteur" reliée à l'univers local, avec pour objectif de se reproduire afin de poursuivre une forme d’exploration du monde matière. D'où son affection pour le panpsychisme. Dans la progression de ce réel ci  les sens de chaque entité-esprit étaient mis en résonance affective avec l'environnement. Associée à une petite dose d'autonomie se déroulait l'imprégnation holistique progressive, faisant émerger, par effet retour, la personnalité idiosyncrasique, ou originale, ou particulière, de l’individu monade de cette grande émergence. Ensemble de traits physiques et de caractères propre à chaque créature. Anthologie de mon ontologie rigolait-il parfois.

"Comme un flocon de neige..."  Se disait-il plus souvent.

C’était ça, il se sentait plutôt comme une de ces éphémères étincelles de glace.


C'est alors qu'il badaudait dans l'espace Jean-Claude Dunyach, sorte de forum-bibliothèque virtuel ouvert à tous et dévolu à la littérature science fictionnelle française des vingt et vingt-et-unième siècles, que JP fit connaissance avec Zoul.

 

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Zoul :  - salut, je suis le plus grand créateur musico-littéraire d’Amérique du sud. 

Jipé :  - dans ce cas, je suis le plus grand poète-musicien d’Europe. 

(...)

(...) 

Zoul :  -  je hais absolument tout, et tout le monde, sauf moi-même. 

Jipé : -  t’as de la chance, même moi je me hais. 

 

Ce premier échange, consciemment  improvisé/inspiré de la rencontre entre Munch et Strindberg,  scella d’un coup d’un seul leur amitié sur le web.  

 

Quidam-cosmos vivant au Brésil, Zoul était musicien compositeur, fou dingue passionné de littérature fantastique et de SF de la fin du deuxième millénaire. Il se trouvait  juste devant lui dans une file, si on peut dire, puisque leurs commentaires se suivaient sur un forum dédié à Howard Philipp Lovecrat. Zoul présentait un profil MmE de 53/47... ce qui ne signifait rien en soit pour toutes sortes de raisons. De fil en aiguille ils s’étaient isolés dans un chat privé, esprits rassemblés mais le corps de l'un en Amérique du sud et l'autre dans les Cévennes françaises.  

Dès lors leur relation s'approfondit, jusqu’à une forme de communion très étonnante puisqu'ils allèrent jusqu'à se mettre à deux pour titiller tel ou telle sur un dialogue public. Peu commune aussi parce que ce genre de magouillage était interdit. Mais ils avaient suffisamment d'inconscience, de malice et de savoir faire pour passer outre. Complicité que l’on peut comparer à deux longueurs d’ondes complexes allant vers une vectorisation progressive comme l'écrira Zoul lors d'un de leur échange technique.

(JP déclarera plus tard au cours d’une intervention vidéo sur un blog ami)

"De fil en aiguille, nous avons découvert avec stupéfaction que nous étions l'un et l'autre en train de préparer un travail de fiction, avec pour coeur de l'intrigue et de la mise en scène, la suite de Fibonacci et son nombre Phi, ce qui nous a amena de concert - ici il mettait deux gros guillemets dans l'espace avec un large sourire - à découvrir petit à petit et au fur et à mesure de nos innombrables dialogues-chats, que les mathématiques musicales telles que définies par la tradition classique occidentale et ses relations micro tonales sont un cul-de-sac... En bref que rien de cette oreille occidentale ne conduit à quoi que ce soit de précis - en terme d'harmonie ou de rythme - tels que défini par la physique scientifique et les sens des humains. Alors que d'autres pistes offertes par certaines traditions musicales d'Afrique orientale et septentrionale, ou comme plusieurs témoignages à creuser dans les traditions musicales d'extrême orient, comme les gamelans de Bali… Montrent une bien meilleure adéquation cognitive, elle issue du simple instinct, et pas d'un clavier tempéré par convenance...

Ici son interlocuteur invisible le coupe, (on voit bien que Jipé pourrait aisément s'emballer dans d'interminables digressions,) pour le ramener sur le sujet.

 - Oui pardon... Et, alors que nous rassemblions ensemble des éléments passionnants sur une dizaine de pratiques sonores insulaires, toutes issues de lieux forts éloignés géographiquement et que nous voulions comparer ensemble, Zoul n'a plus répondu... Il s’est évaporé. D'une minute à l'autre je n’ai plus reçu le moindre influx informatique venant de lui…  "

 

                                                                       ***

 

 JP avait laissé passer un jour, se consacrant principalement à ses activités d’écrivain compositeur et à de grandes ballades autour du Mont Aigoual. Puis une seconde journée... une semaine… Une deuxième, troisième...  Il se décida alors à entreprendre quelques recherches. 

Dix jours plus tard il réussissait, suite à une longue journée de "tracking down" et à coups de messages divers sur de multiples réseaux spécialisés - ou pas, à suivre une piste complexe qui le mena à identifier le vrai patronyme de Zoul, à savoir « Louis Otta-Zenta ». Grâce à cette information, et parce qu'il sagit d'un patronyme peu connu,  il put rapidement localiser l’adresse précise de son lieu d’émission informatique, en Banlieue de Sao Paulo...  

Cet Otta-Zenta correspondait à une adresse dans un immeuble de quatre étages et une dizaine d'appartements, aux balcons remplis de verdure, en banlieue sud de la Mégapole.  Jipé passa un certain temps à user des possibilités, innombrables, pour observer visuellement l’endroit. De l’extérieur seulement hélas. Sans rien voir d'intéressant. Seuls 4 numéros de téléphone correspondaient à l'habitation. Après moult tentatives il obtint trois réponses des voisins. La première personne en ligne avait l'air occupée, avec une drôle de voix, (était-ce un homme, une femme ?), parlait plus espagnol que portugais et fit même l'effort de se déplacer jusqu'à la porte de l'appartement de Louis Otta-Zenta. Non, elle n'avait pas souvenir de l'avoir rencontré.  La seconde, une vraie femme celle-là, était désireuse de parler. Mais trop, après dix minutes d’aller-et-retours tâtonnants parce que Jipé se sentait limité par le portugais du Brésil, et la faconde intarissable et peu compréhensible de la dame, il se découragea… Et le nom "Otta-Zenta", qu'il plaça près de dix fois dans leur échange, ne réveilla aucun stimuli chez elle de toutes façons. Le troisième, un homme, lui claqua la politesse avant la fin de sa question.

Plus d'un mois après la disparition BILB de Zoul, et suite à tous ces jeux de pistes, il n’avait pas avancé d’un bit.

Il y avait une urgence Jipé dut consacrer une pleine semaine  pour créer une retenue d’eau à l’arrière de leur maison, en surplomb des cultures dont s’occupait sa compagne Amanda. Comme partout les problématiques météo des Cévennes varient et après deux décennies sans soucis le sud de la France passait par une énième période où l’eau devait être gérée parcimonieusement.  Il fallut donc organiser drains et arrivées d’eau, creuser, poser une bâche pour imperméabiliser la piscine naturelle, gérer les écoulements d’arrosage, etc. 

 

Une petite lumière restait allumée en arrière-plan qui, une fois du temps devant lui, ramena JP vers son trouble interrogatif.   Rien n’indiquait que le sud-américain soit malade ou mort, rien n’indiquait non plus le contraire. Rien n’indiquait rien. C’était frustrant. 

Il fallait orienter différemment la chasse.  Il avait compris que Zoul s’intéressait entre autres à certains travaux des équipes de Piel Essiarf pour en avoir fait deux fois mention, incidemment. Essiarf initiateur fou selon la rumeur, énigmatique héritier d’une famille richissime, développait selon la rumeur  des projets de recherches très ambitieux et originaux. Jipé appréhendait l'émergence de la notoriété du personnage comme de ces bluffs médiatiques fréquemment et astucieusement montés en neige sur BILB pour toutes sortes de raisons.  

Plusieurs jours durant il explora la piste Essiarf, pour se heurter à un mur. Hormis les informations génériques sur l’individu comme cela se faisait depuis le fossilien Wikipédia. Piel Essiarf, fils unique d’une genevoise et d’un Australien issu d’une famille sibérienne assimilée, représentait un cas assez rare, puisqu’issu d’une famille qui avait, par de mystérieux et secrets artifices, su conserver une immense marge de manoeuvre financière, réussissant donc à échapper aux régulateurs.  La famille Essiarf avait probablement assez de ressources pour beaucoup de chose, comme “annuler” sa présence sur BILB puisqu’il était seulement indiqué que Piel développait ses propres projets de recherche scientifique.

Nouveau mur.

Jipé se mis en tête de déceler dans leurs anciens chats enregistrés  si Zoul avait quelque chose à fuir, un refuge à trouver, un problème psychique… “Ou est-ce une quête personnelle...  envie de dépasser les limites, de voir au-delà de l'horizon…” Demander d’analyser ceci à un spécialiste, un professionnel psy ?  Il ne pouvait s’y résoudre.

 

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C’est  un de ses correspondants sur Cebalio, très ancien site de rencontres autour de la littérature où il avait conservé un profil créé dans sa jeunesse, qui lui donna l’idée d’aller sur un forum précis de FLP (depuis plus de deux siècles à l’adresse de réfléchir.net). A cause de la prédominance de ce site Jipé n’y avait jamais mis les pieds, toujours méfiants des choses lorsqu’elles deviennent répandues et trop connues..

 La page d’accueil, en 3D rehaussées,  présentait un unique motif. Ce n’est qu’après un temps d’acclimatation qu’il réalisa que l’entité numérique mouvante personnalisait les trois lettres FLP en lent logo vivant. Le motif mouvant s’estompa, ou plutôt se transmuta. Le rasoir d’une fine ligne sombre faisait sourire l’écran, comme un horizon lointain à toucher du doigt. Quel était le génie, ou le petit malin, qui avait conçu une calligraphie pareille, capable de vous absorber les pensées - tout en réussissant à vous suggérer de penser à deux mots. Deux termes ou entames de mots proposés par vous hors toute suggestion perçue. Et, plus fou encore, en se proposant de les deviner ! Le clavier virtuel se projeta devant ses doigts, très précisément. Il étaient peu sur BILB, à avoir les moyens pour ce genre d’entourloupette technologique. Comme si la machine savait avant lui qu’il désirait éviter la reconnaissance vocale, trop imprécise. De nouveaux types de senseurs peut-être.  Doublés d'une puissante intelligence artificielle appuyée sur son profil numérique étendu.

Concernant les 2 mots qu’il s'apprêtait à taper il décida de laisser faire la machine. La ligne noire était toujours aussi attirante mais c’était comme si la couleur en arrière-plan cherchait à l’en distraire. Les caractères apparurent, sans se presser :  

                                            e x t

 Avait-il soif ? Non…  

                                              t r a

 Une inquiétude ?   

                                                  t e r

 Non, aucune tension ni angoisse.     

                                                r e s t r e

 Depuis plusieurs siècles beaucoup de sectes interprétaient les pans de réalités non reproductibles,  OVNIS et UFOS entre autres…  pour prétendre que d’autres ethnies non terriennes surveillaient la planète des hommes et des insectes (entre autres). Affirmations et hypothèses spéculatives, rehaussées par les événements de Mingora, qui intéressaient Jipé. Mais ce n'était pas le terme qu'il avait en tête.

                            f   a n

 

La ligne sombre restait immobile,   arrière-plan en danse pivotation colorifère

  

                         t   a s   t

 

Le processus était un peu long. Il se gratta le menton, pour redécouvrir des poils drus, ah oui… penser à  tondre ceux-là

 

                      t   i q   u e

 

Les deux mots s’enlaçaient devant ses yeux, deux chenilles amoureuses aux mouvements indolents, mais si vifs par comparaison  avec ce qui les avait précédés. Le site-machine, sans l’ombre d’un doute, faisait interagir presque simultanément cent mille milliards de ping-pongs algorithmiques pour lui soumettre quelque chose. Au moins.

 

Extraterrestre et fantastique : tels étaient les deux termes “choisis" spécialement pour lui par la machine. Il rigola interne, on était loin du compte… FLP n’était pas, pas encore du moins, télépathe.

 

Machinalement Il ajouta    Otta Zenta   au deux termes et lança la recherche. 
 

Les textes inondaient l’écran, vagues successives, l’une recouvrant les autres… les autres recouvrant l’une. JP,  point-esprit immédiatement matérialisé sur une petite déferlante verte, l’immobilisa. Un vert qui tirait nettement vers le jaune, jaune frissonnant, mais ce n’était qu’un sentiment - la couleur demeurait totalement immobile. Puis le texte suggéré-choisi-pointé commença à défiler  comme une huile trop visqueuse au travers d’une anfractuosité fine. Les infos sur l’extrait, affichées au-dessus et au-dessous, disaient la même chose. Mais le graphisme obligeait à lire les deux comme si elles étaient différentes.  Dialogue avec Jacques Vallée, enregistré et noté par… un effet gribouillis suivait le "par", signe que l’auteur était identifié mais que lui et/ou ses descendants ne désiraient pas apparaître.

 

Question : - Pourquoi l'hypothèse du contrôle évoque essentiellement les ovnis et personnages qui y sont associés ? Cette manipulation de l'espace et du temps ne pourrait-elle se matérialiser dans la vie courante, dans la rue, dans les logements ?

 

Jaques Vallée : - On peut tout-à-fait imaginer un système de contrôle qui ferait graduellement basculer notre réalité (à la fois physique et sociale) pour la remplacer par "autre chose. C'est le mécanisme que Jorge-Luis Borges a décrit dans sa nouvelle "Tlön Uqbar Orbis Tertius."

 

Trois couleurs primaires jetées ensembles, signe d’un commentaire, récent, c’est à dire paru dans le mois précédent, clignotèrent deux fois de manière à ce que cette dernière apparaisse, graphisme antique du vingt-et-unième siècle, en lettre noires.  

 

– Merde, une note de Zoul.

 
 
 
 

(à suivre)